Qu’est-ce qu’une bonne narration ?

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Je vais vous délivrer quelques conseils que je pense bon à connaître pour la construction d’un texte, en particulier le corps du texte. Je rappelle une chose avant de continuer plus loin, c’est que tout ce qui va suivre ne sont pas des règles, mais un ensemble de suggestion ou une proposition de méthode que je mets à disposition. C’est une vision comme une autre d’écrire (je sais qu’elle déplaira à certains, mais c’est toujours bon de voir comment les autres procèdent), et libre à chacun de l’adopter, la modifier, ou de la rejeter. J’espère seulement être claire et utile.

Reprenons. Le corps du texte, c’est tout le texte qui n’est pas du dialogue, c’est la partie où l’auteur raconte son histoire. Comme cela constitue l’essentiel d’un texte, il comprend énormément de choses et je vais m’éfforcer des les différencier, pour ensuite montrer comment les utiliser au mieux, notament à l’aide d’exemples.

Je distingue quatres aspects : la narration (N), la description figée (DF), la description mouvementée (DM) et l’action/mouvement (AM).

La narration est l’exposition d’une série de faits qui construisent l’intrigue et la font progresser. Il s’agit de dire ce qui se passe ; ce que l’on voit est la description, et ce que l’on entend sont les dialogues. La narration peut se faire selon plusieurs points de vue :

  • La focalisation interne : le lecteur découvre la scène comme s’il la vivait à la place du personnage.

Tom reposa son café. Il était trop chaud. Il jeta un oeil sur le journal, et fut pris d’un frisson. On avait retrouvé le corps.

  • La focalisation externe : le lecteur voit la scène de l’extérieur et n’a pas accès à la subjectivité des personnages. Il ne connait pas le passé du personnage.

L’homme reposa son café, visiblement désappointé. Il prit le journal et consulta la première page, avant de s’arrêter net, stupéfait, comme quelqu’un qui apprend une mauvaise nouvelle.

– Le point de vue omniscient (aussi appelé focalisation zéro) : le lecteur est au courant de tout ce qui se passe et de l’ensemble des personnages présents et de leurs pensée et gestes.

Tom reposa son café, beaucoup trop chaud. Il jeta un oeil sur le journal. La première page indiquait que le corps avait été retrouvé. Tom frémit, comme il ignorait que ce n’était qu’un bluff des policiers pour pousser le criminel, c’est à dire lui-même, à se démasquer.

Je reprends ici un extrait du livre de Stephen King (Ecriture) qui expose bien les choses.

« Les descriptions sont ce qui font du lecteur un participant sensoriel à l’histoire. Bien décrire est un savoir-faire qui s’apprend et ceci est l’une des premières raisons pour lesquelles on peut réussir sans avoir beaucoup lu et écrit. Ce n’estd’ailleurs pas seulement une question de « savoir-faire », mais aussi de « savoir comment ne pas trop en faire ». Lire apprend comment ne pas trop en faire, écrire, comment faire. On nepeut apprendre que par la pratique.

Pour décrire, il faut commencer par visualiser ce que vous voudriez que le lecteur se représente. Cela se termine par des mots, sur le papier, censés restituer ce que vous coyez en esprit. Exersice loin d’être facile. Comme nous l’avons déjà tous entendu dire un jour ou l’autre : « C’était tellement génial (ou horrible/fabuleu/comique ; etc.) que je ne sais pas comment le décrire ». Si vous voulez réussier comme écrivain, vous devez précisément être capable de décrire cela et d’une maière telle que votre lecteur vibrera tant il s’y reconnaîtra. Si vous êtes capable d’y parvenir, vous serez payé de vos paines et vous l‘aurez mérité. Si vous n’y parvenez pas, vous recevrez de nombreuses lettres de refus et pourrez alors peut-être envisager une carrière dans le monde fascinant du télé-marketing.

Une description trop succincte laissera la lecteur désorienté et myope. Une description surabondante le noiera de détails et d’images. Le truc, c’est de trouver le juste milieu. Il est aussi important de déterminer ce qu’il faut décrire que ce qu’il vaut mieux laisser dans l’ombre, pour ne jamais perdre de vue que votre boulot est de raconter une histoire. […]

Une description commence dans l’imagination de l’écrivain et doit s’achever dans celle du lecteur. Quand il s’agit de mettre cette technique en pratique, l’écrivain a beaucoup plus de chance que le réalisateur de cinéma, qui, dans la plupart des cas, est condamné à trop en montrer…

J’estime que le conteste et la texture sont bien plus importants, pour ce qui est de donner au lecteur le sentiment d’être dans l’histoire, que n’importe quelle description physique des acteurs. Je ne crois pas non plus que la description physique soit un raccourci pour rendre compte de la personnalité des personnages. Alors épargnez-moi, s’il vous plait, « les yeux bleus pétillant d’intelligence » de votre héros, ou son « menton carré et volontaire » ; de mêmre, « les sourcils arrogants » de l’héroïne. Techniquement mauvaise, cette façon de faire trahit la flemme d’écrire — elle est léquivalent de ces casse-pieds d’adverbes. »

Je me permets de rajouter quelques trucs. La description sert principalement à exposer des bâtiments, des paysages, des objets et des entités (personnes et animaux). Je plussoie Stephen King sur les clichés, qui hélas arrivent bien vite.

Pour les personnages, la meilleur manière de décrire leurs émotions lorsque le narrateur est omniscient avec une focalisation partielle que le héro, c’est de décrire ce que l’on voit. Evitez à tout prix les « Elle semblait inquiète » ou « La colère s’empara de lui », c’est céder à la facilité et ça n’apporte rien. Il est bien meilleur d’appronfondir les détails, par exemple pour une femme inquiète, on la verra se tordre les doigts, être inattentive, regarder la montrer, être énervée par un petit bruit, se mordre les lèvres ou avoir le regard dans le vide. Il faut passer par les manifestations physiques des émotions qui rendent bien plus crédibles le récit. Ainsi, au lieu de dire que « la suspission se liasait sur leur visage », mettez qu’ils échangèrent un regard avant de faire une moue. Cela dit, quelques astuces hybrides sont bien, comme le remplacement des verbes d’état (sembler, paraître etc …) par autre chose. Par exemple, « une expression melée de tristesse et de colère déformait son visage » ou « la mine triomphante, il s’assit dans son fauteuil ». Quelle différence me direz-vous ? Tout simplement que cela retire l’aspect hypothétique que donne les verbes d’état. Les descriptions passent ainsi davantage comme des faits établis et parfaitement lisibles. Car si une personne a l’air ou semble fatigué, qui nous dit qu’en réalité elle est en forme ?

Ensuite, toujours dans la lignée de la proscription (et non pas prospection attation !) des clichés, je conseil vivement de ne pas lier l’apparence et le caractère. S’il y a un psychopathe, ne lui faites pas des « regards meurtriers », ou une « machoire acérée ». C’est proprement ridicule. Regardez aux infos les serial killers, ils ressemblent à n’importe quel quidam dans la rue. Les personnages doivent plus se démarquer par leurs actions que leur apparence, d’ailleurs cela permet davantage de surprendre le lecteur. Le maître du monde n’est donc pas forcément un type de deux mètres de haut taillé comme une armoire et la secrétaire n’est pas une blonde écervelée à forte poitrine. Par contre, gardez les rôles, mais inversez les costumes, ça peut donner des histoires follement intéressantes…

Il en va de même avec les habits. Un tueur ne se promène pas tout le temps en noir, ou alors il faut expliquer une raison précise à cela comme un goût immodéré pour cette couleur ou parce que le personnage veut justement se faire passer pour un type pas net alors qu’en réalité il travaille bénévolement dans un orphelinat.

Idem pour les constructions. La maison du méchant n’est pas nécessairement une bicoque en bois avec de la végétation. Elle peut l’être cela dit, mais il faut le justifier en disant par exemple que l’habitant est handicapé et ne peut donc pus jardiner, et pourquoi pas creuser en disant qu’à cause de cet handicap il est devenu misanthrope et s’est replié sur lui-même. Ainsi, un élément d’apparence externe peut revenir complèter, enrichir une personnalité, l’expliquer, mais certainement pas la résumer ou l’illustrer.

Enfin, je dirais qu’il faut éviter de faire tirer de grandes hypothèses par ce que nous voyons. « Un nez crochu qui laissait penser à un caractère obtu » Pathétique. Ou alors il faut être plus subtil : « Jean était un homme voûté à la calvitie précoce. Pierre se dit que s’était peut-être dû à ces nuits entières à réfléchir, en se grattant la tête. » C’est un élément physique qui correspond au caractère, mais il y a une explication car Jean travaille. Or, si rien ne vient étayer cette supposition et que Pierre le pense comme ça, sans rien pour appuyer sa réfléxion c’est à proscrire. Ainsi, des yeux bleux grands ouverts ne sont pas les signes d’une grande intelligence, servez-vous en plutôt pour marquer la surprise.

« A mes yeux, une bonne description consiste en général à donner quelques détails bien choisis qui se chargeront de tout. Dans la plupart des cas, ce seront les premiers qui vous viendront à l’esprit. Dans un premier temps, ils iront très bien. Si vous décidez plus tard d’en changer, d’en ajouter ou de les enlever, livre à vous : c’est à ça que servent les relectures. Je crois cependant que, dans la plupart des cas, les premiers détails qui vous sont cenus à lesprit seront les plus authentiques et les meilleurs. Vous ne devez jamais oublier (et vos lectures vous le prouveront tous les jours, si vous doutez encore) qu’il est tout aussi facile de sur-décrire que de sous-décrire. Sinon plus facile. […]

Dans beaucoup de cas, lorsqu’un lecteur abandonne un livre qu’il trouve « ennuyeux », cet ennui vient de ce que l’écrivain se trouve tellement séduit lui-même par ses capacités descriptives qu’il en perd de vue sa priorité, laquelle est que son histoire doit toujours avancer. […]

Quand comparaisons ou métaphores ne fonctionnent pas, les résultats sont parfois comiques, voire même gênants. J’ai lu récement cette phrase dans un roman qui va bientôt sortir et dont je préfère ne pas citer l’auteur : « Il resta assis sans bouger à côté du cadavre, attendant le médecin légiste avec autant de patience que s’il attendait un sandwich à la dinde. » Honnêtement, je n’ai pas vu le rapport, s’il y en a un. J’ai donc refermé le bouquin sans aller plus loin. […]

La camparaison zen n’est que l’un des pièges potentiels du langage au figuré. Le plus courant (le manque de culure littéraire est d’ailleurs à peu près toujrous à l’origine de ce qui nous y fait chuter) est l’utilisation de comparaisons, métaphores et images qui sont devenues des clichés. Il « courait comme un fou », elle était « jolie comme un cœur », il s’est « battu comme un lion… »… ne me faites pas perdre mon temps (et ne perdez pas le vôtre) avec des poncifs aussi éculé. Vous risquez de passer pour paresseur ou ignorant. Aucune de ces descroptions n’améliorera votre réputaion d’écrivain.

Mes comparaisons préférées, au fait, proviennent des romans policiers des années quarante et cinquante et des descendants littéraires des écrivains d’histoires à quatre sous. Parmi celles-ci, il y a : « Il faisait plus noir que dans un hargement complet de trous du cul » et : « Il alluma une cigarette (qui) avait le goût d’un mouchoir de plombier. »

Le secret de la bonne comparaison commence avec une vue claire des choses et finit par un texte claire qui utilise des images nouvelles et un vocabulaire simple. »

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