Qu’est-ce qu’un élément fantastique ?

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La fantasy fait de nos jours partie des genres les plus prisés et les plus écris ; sur ce forum, de nombreuses fictions de ce type naissent et bien souvent, échouent, parfois à cause d’un manque de compréhension des éléments qui doivent composer un récit de ce genre. La fantasy est-elle un genre facile, pourrait-on se demander en voyant les nombreux écrits de ce genre qui surgissent ? Pas forcément. Il est sans doute plus aisé de fournir quelque chose de correct en fantasy, ne serait-ce qu’en se basant simplement bien plus difficile.

Ce tutoriel aura pour but de vous fournir les éléments phares d’un récit fantastique et de construire plus facilement vos récits. Toutefois, rappelez-vous bien, en lisant ce texte, qu’il n’a pas la prétention de vous fournir une histoire ou un monde tout fait : il s’agit seulement d’un récapitulatif des divers éléments autour desquels vous pouvez articuler votre toile de fond. Mais malgré cela, n’oubliez pas que même le meilleur concept de monde, aussi original soit-il, n’est pas un roman, seulement une base pour votre histoire, au mieux un prétexte : l’imagination brute ne remplacera jamais totalement l’analyse et la construction.

Ce tutoriel repose sur de nombreux exemples, pouvant exceptionnellement spoiler le livre ; j’ai essayé de l’éviter le plus possible, mais il m’aura été inévitable de révéler l’orientation globale de livres. J’aurais également tenté de rendre compréhensibles mes points de vue même en dehors de toute connaissance des livres les plus souvent mentionnés.

Les éléments fantastiques

L’élément fantastique est, à proprement parler, l’ensemble des choses qui existent dans le monde de fiction qui n’existent pas, ou du moins, ne sont pas palpables, dans le notre. Les éléments les plus souvent utilisés sont la présence de races supplémentaires, animales ou pensantes, ainsi que la présence de magie. Toutefois, l’élément fantastique est une chose à part entière : ainsi, même si la bataille du Gouffre de Helm ainsi que le lieu éponyme n’a pas existé dans notre monde, il s’agit bien d’une bataille et d’un gouffre : ainsi, ce ne sont pas des éléments fantastiques tant qu’ils restent dans des proportions raisonnables. En effet, un arbre de dizaines de milliers de kilomètres de hauteur est bel et bien un élément fantastique, car il serait inconcevable d’en trouver un pareil à lui dans notre monde.

Leur occurrence

Il s’agit bien souvent d’un des piliers des mondes fantastiques : est-ce que mon monde sera d’une fantasy débridée et irréaliste d’une façon voulue, ou au contraire très proche d’une notre, les éléments de magie n’en étant que plus marquants ? On peut grossièrement classer les récits en deux catégories primaires, la « haute magie » et la « basse magie ».

La haute magie

Les mondes de haute magie sont caractérisés par le grand nombre d’éléments fantastiques qu’ils contiennent. Bien souvent, la magie y est chose commune, et l’on peut constater la présence de nombreuses autres races que les humains. Le commun des mortels, quoiqu’il en pense, reconnaît pleinement l’existence de ces phénomènes étranges. La haute magie peut aussi se caractériser par la présence et l’action des dieux qui plus que des concepts, sont de véritables entités, souvent capables de s’incarner. De plus, la magie ou l’un des éléments fantastiques est presque tout le temps le centre et le prétexte de l’histoire ; d’ailleurs, le personnage principal est souvent un pratiquant de la magie ou étroitement liée à elle.

Ainsi, on peut classer aux rangs des mondes de haute magie la Malerune, de Pierre Grimbert, où la magie est chose commune et où les races sont foison. Lancedragon est également un univers de haute magie, comme d’une manière globale tout l’univers gravitant autour de Donjons & Dragons. La littérature jeunesse est bien plus souvent caractérisée par la présence de haute magie que la littérature adulte.

On peut également remarquer que la haute magie est le terrain préféré des écrivains de fantasy novice, et que d’une manière globale, il est difficile de rencontrer des mondes de haute magie au personnages creusés et à l’histoire profonde. En effet, il devient souvent plus facile de meubler le récit par des évènements extraordinaires et de continuer à captiver le lecteur en jouant sur les éléments fantastiques ; de plus, l’imagination s’exprime souvent plus facilement par ce biais.

La basse magie

Les univers de basse magie, eux, sont à l’inverse de la haute magie. En effet, ils ne sont souvent peuplés que d’une seule race, les humains, et les pratiquants de la magie sont rares ; globalement, les éléments fantastiques n’influent pas réellement sur le quotidien des habitants. La magie est souvent mystifiée : les sorts préformatés et simples laissent leur place à des rituels mystérieux. Un point commun à de nombreux univers de basse magie est également la référence à un passé où la magie était très commune, puis a décliné pour une raison ou pour une autre jusqu’à la situation actuelle. Là encore, il arrive qu’un pouvoir ou qu’un élément magique soit le centre de l’intrigue ; mais parfois, il ne s’agit que d’un moyen.

Ainsi, le Seigneur des Anneaux peut être classifié comme un univers de basse magie, typique du déclin progressif de les éléments fantastiques : les elfes disparaissent, les nains sont rares, les magiciens quittent la terre… la magie elle-même n’a que des applications voilées et puissantes. On peut aussi ranger dans cette catégorie le Trône de Fer, qui pousse à ses extrêmes les caractéristiques de la basse magie, ou encore l’Assassin Royal ; les romans de Gemmel se classent également dans cette catégorie.

La basse magie caractérise plus généralement la littérature adulte et donne généralement lieu à des récits plus riches, de part une psychologie des personnages et une intrigue plus fouillée. De plus, la magie et les évènements extraordinaires sont bien plus mis en scène et assez paradoxalement, on dénote souvent un travail plus soigneux sur les règles de la magie pourtant rare.

La « fausse » basse magie

La fausse basse magie est un genre un peu bâtard, où le monde lui-même est clairement de basse magie et présenté comme tel : pratiquants de la magie rares, peu de connaissance et d’influence de celle-ci sur la vie quotidienne. Souvent, ceci est mis en scène par le fait que le personnage est au début totalement ignorant de la présence des forces surnaturelles, ainsi que son entourage : ceci nous expose le fait que le commun des mortels n’a pas conscience des enjeux qui l’entoure. Toutefois, le personnage se retrouve rapidement aux prises avec de très nombreuses situations impliquant des éléments fantastiques. On peut dire ainsi que l’univers est de basse magie tandis que la scène est caractéristique de la haute magie.

Ainsi, pour prendre un exemple très célèbre, Harry Potter est le stéréotype de l’univers de fausse basse magie : le personnage est au début immergé dans un milieu ignorant mais se retrouve finalement entouré de personnages presque exclusivement dotés de particularités fantastiques. Plus nuancés, les romans de l’Epée de Vérité ou du Cycle de Ji s’inscrivent dans une idée semblable : des personnages campagnards rencontrent des magiciens, apprennent les arts surnaturels et se démêlent avec des sorciers surpuissants, des menaces pour le monde et même des dieux !

Toutefois, la présence d’un personnage central magicien dans un monde de basse magie n’inscrit pas forcément l’histoire dans la fausse basse magie. En effet, dans l’Assassin Royal, bien que Fitz pratique l’Art et le Vif, il est majoritairement entouré de personnages dépourvus de dons ; de plus, la mise en scène de la magie dans ce cycle est caractéristique des œuvres de basse magie.

Gardez toutefois à l’esprit que ces classifications sont grossières : ne serait-ce que dans la fausse basse magie, déjà pourtant spécialisée, l’Epée de Vérité sera plus proche de la haute magie que le Cycle de Ji ; certains romans oscilleront entre plusieurs classifications, etc.

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