Les clés de l’écriture – #3

— CLÉ # 3 —

Dissimulez vos intentions.

Maintenez vos lecteurs dans l’incertitude et le flou en ne révélant jamais le but qui se cache derrière les mystères de votre récit. S’ils n’ont aucune idée de ce que vous prévoyez, ils ne pourront pas anticiper les rebondissements. Guidez-les assez loin dans une autre direction, enveloppez-les d’un écran de fumée et quand ils perceront à jour vos desseins, la surprise sera totale.

La plupart des histoires s’avèrent prévisibles. Elles manquent de subtilité, laissent entrevoir trop facilement des indices et révèlent leurs moindres détails de l’intrigue. Les causes de cela sont multiples. Tout d’abord, il est naturel d’exposer ses idées et de dévoiler son univers, alors que cela demande un effort de canaliser son imagination. Ensuite, beaucoup pensent que le spectaculaire et l’exhaustivité leur feront gagner le cœur du lecteur. L’inverse est en réalité plus sûr. Le spectaculaire est une lame émoussée qui fait saigner plus qu’elle ne coupe. Elle risque même d’ennuyer. Il est plus prudent de mesurer son propos, de ménager ses effets au lieu de tout révéler, parfois sans être en lien avec le récit. Surtout, en s’étendant trop, l’histoire devient tellement prévisible et si familière qu’il est presque impossible de susciter l’intérêt et surtout d’enchanter : or l’inspiration fuit ceux qui sont incapables d’engendrer de tels sentiments.

 

Si vous recherchez à tenir en haleine le lecteur, laissez l’exhaustivité de côté. Passez maître dans l’art de la dissimulation et votre texte émerveillera à coup sûr. Appuyez-vous pour cela sur la nature humaine : toute première découverte conduit toujours à croire les apparences, car il serait impossible de vivre en doutant constamment de la réalité de ce que l’on perçoit. Faites simplement miroiter telle scène que vous écrivez comme importante, tel but que votre antagoniste semble vouloir atteindre, et tout le monde s’y trompera. L’une des façons de cacher vos intentions est de faire avancer progressivement le récit, mais pas dans le sens attendu. Vous ferez ainsi d’une pierre trois coups : sous des dehors archétypaux, reconnaissables et habituels, vos personnages ­— en particulier l’antagoniste ­— agiront de manière inédite et le lecteur se perdra en conjecture.

 Un autre puissant subterfuge est le faux cliché. Les gens confondent facilement originalité et détournement. Faites semblant que l’histoire adopte une trame traditionnelle tout en cassant les codes du genre et en retournant la situation au moment où la narration devrait prendre un chemin plus commun. Cela donnera à vos rebondissements plus d’éclat même si le texte ne renouvelle pas le genre.

 Si vous croyez que l’antagoniste est un personnage haut en couleur qui échafaude des projets diaboliques, vous vous fourvoyez. Tout auteur avisé décrit ses intentions avec parcimonie, en auréolant sa malfaisance de mystère, pour nourrir l’incertitude quant à la victoire du héros. Les propos et comportement caricaturaux éveillent les soupçons et augurent rarement un conflit très profond. Au lieu de cela, il est préférable de décrire un pouvoir sournois, caché, implacable, faisant planer une menace indicible, parfois invisible.

 Une fois que vous avez ainsi détourné l’attention de votre lecteur, il ne remarque pas la supercherie qui se trame pourtant sous ses yeux. Plus la fumée de votre écran est grise et uniforme, plus elle dissimule efficacement vos desseins. La forme la plus simple de l’écran de fumée est le style. À l’abri d’une narration calme et posée, on peut imaginer toutes sortes de manigances sans en manifester quoi que ce soit. C’est un outil que les plus grands écrivains ont appris à maîtriser.

 

Cela consiste également à créer un décor qui donne une impression familière, grâce à laquelle l’auteur peut faire évoluer ses personnages sans que les mécanismes de son récit soient trop apparents, tandis que tous les regards sont tournés vers des scènes évidentes. Souvenez-vous : il faut de la patience et de l’habilité pour tenir ses brillantes idées, pour revêtir le masque de l’écrivain falot. Ne vous laissez pas rebuter : c’est souvent votre absence de relief qui conduira le lecteur à s’intéresser à vos récits pour tout savoir des manigances qui se trament derrière chaque mot.

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Un commentaire


  1. Pour réussir à cacher/dissimuler des choses et surprendre son lecteur, il est donc bien mieux d’avoir une idée de la fin, pour poser les pièges/subterfuges adaptés tout au long du récit. C’est bête dit comme ça mais ça m’a longtemps handicapé.

    Merci pour cet article, je suis la série d’articles « Les clés de l’écriture » avec beaucoup de plaisir, c’est très intéressant.

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