Les clés de l’écriture – #8

— CLÉ # 8 —

Développez l’intrigue dans un cadre.

Quand vous forcez quelqu’un à imaginer quelque chose, vous êtes celui qui maîtrise le récit. Il est toujours plus efficace de faire croire au lecteur ce que vous vouliez, abandonnant ses propres attentes pour embrasser votre narration. Appâtez-le avec des rebondissements inattendus, mais savamment étudiés, ensuite exploiter l’arc narratif. Le destin d’un univers est au bout de votre plume.

Combien de fois avez-vous vécu ce scénario au cours de ces longues soirées à écrire? Fort de votre enthousiasme, vous entreprenez une série d’intrigues qui commencent à se déployer et enrichir l’histoire. Peu à peu, cependant, vos idées culminent, s’essoufflent, puis tout retombe comme un soufflet. Vos nombreux personnages se bousculent ; vous vous efforcez alors à tenter de maintenir une forme de fluidité et, inévitablement, tout devient complexe. Ce schéma s’explique par le fait qu’un auteur créatif est rarement maître de la situation. Désavantagé par une vision à court terme et un manque d’organisation, il est difficile d’appréhender les difficultés du récit si bien qu’elles s’accumulent. Cela conduit à échafauder des béquilles au récit pour qu’il continue à vaguement marcher pour remédier aux effets inattendus de ses propres idées maladroitement agencées. Autrement dit, écrire au fil de l’inspiration peut s’avérer handicapant pour tout autant n’ayant pas une vision claire et une trame générale prévue d’avance.

Demandez-vous : quel est l’intérêt de vous dépenser sans compter pour essayer de résoudre les problèmes et de vaincre les incohérences si vous ne prévoyez pas au minimum les grandes lignes ? Pourquoi toujours inclure les fulgurances au lieu de les canaliser ? La réponse est simple : la qualité d’un récit n’est pas fonction du spontané. Ne confondez pas originalité et efficacité. Il ne faut pas interpréter ces questionnements comme une ode à la contrainte, mais davantage comme une invitation à méditer les idées et les sélectionner pour les articuler correctement dans le récit. Eliminer certaines idées et élaborer à l’avance des parties de l’histoire ne va vous brider, pour au contraire instaurer un cadre stable où vous pourrez écrire à loisir sans se disperser.

Souvenez-vous : l’essence du suspens réside dans l’habilité à gérer les effets, à obtenir des lecteurs qu’ils réagissent à vos écrits, à maintenir leur attention tout le long du récit. En préparant des rebondissements en amont et construisant des révélations d’ampleur, le lecteur, vous vous rendrez maître de la narration. Vous y parviendrez à deux conditions : en apprenant à maîtriser votre engouement et à modérer votre attrait pour une idée même si sa nouveauté lui donne l’illusion d’être originale ; et, parallèlement, en misant sur la tendance naturelle qu’a le lecteur à vouloir tout savoir quand un mystère ou un conflit se développe sous ses yeux. À long terme, la capacité à organiser ses idées et à faire évoluer ses personnages selon une trame préétablie constitue un outil plus puissant que tout artifice pour compenser des intrigues inattendues.

Il existe un avantage supplémentaire à conduire les personnages là où vous avez prévu qu’ils aillent : votre protagoniste est obligé de se confronter aux obstacles. Le fait d’être en milieu hostile augmentera les enjeux et naturellement, augmentera l’intérêt du lecteur pour connaître le dénouement. Pour les interactions et les conflits, il est toujours conseillé d’amener le protagoniste à évoluer sur le territoire, ou sur un territoire du choix, de l’antagoniste. Le sentiment de menace et l’incertitude quant à la réussite du protagoniste en sortiront renforcés.

La préparation est un art malaisé. Sitôt le lecteur décèle la mécanique sous-jacente de votre trame, son intérêt devient de plus en plus épousé. Toute l’astuce consiste à rendre les rouages de l’histoire invisible, vous instaurez le sentiment d’une histoire maîtrisée et d’un récit sans faille. Tout dépend de la qualité du conflit. Si les antagonismes ne portent pas assez d’enjeux, l’intensité des émotions, les désirs et les objectifs de vos personnages transporteront vos lecteurs et ne devineront pas les ressorts subtils du récit. Plus l’intrigue est anticipée, plus ils seront happés par l’histoire.

Les grands écrivains guerriers contrôlent leurs personnages et non l’inverse. C’est le principe du vide et du plein appliqué à la narration et au lecteur. Quand vous laissez votre imagination vagabonder, alors la force du récit, car elle s’étiole dans le manque de préparation et l’absence d’efficacité ans la progression du récit ; en revanche, tant que vous avez une idée précise de la continuité de l’intrigue et des agissements des personnages, l’histoire gagne en force. Écrire selon l’inspiration n’est ni mauvaise ni à éviter, elle participe davantage d’habitudes et de méthodes qui s’acquièrent à force d’écriture, jusqu’à devenir naturels.

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2 commentaires


  1. La crédibilité du propos est légèrement entachée par les fautes (que j’imagine être d’inattention) laissées dans l’article (exemple : …/… quand un mystère on un conflit se développe…/…, « on » au lieu de « ou »)

    En dehors de ça, je me permettrais de dire que l’idée générale soutenue est plutôt discutable. Il m’est arrivé d’écrire aussi bien au fil de l’eau que dans un récit cadré et les résultats sont très comparables. Et si, à quelques occasions, il m’est arrivé d’être guidé par mes personnages, le résultat dramatique a largement dépassé mes idées de départ. Le conseil ne vaut, à mon sens, que pour éclairer quelqu’un qui se serait perdu à diverses reprises dans une écriture libre et non comme une généralité.


    1. Merci d’avoir lu et commenté.

      Je me suis fixé un article par semaine et j’ai fait montre d’un peu de précipitation pour demeurer régulier. Je veillerai à être plus pointilleux. Merci pour m’avoir signalé la faute.

      Je me doutais bien que le sujet rencontrerait une opposition en raison de l’éternel débat qu’il suscite. Disons que ces articles proposent des astuces ou des orientations à ceux qui peineraient dans un domaine ou à une étape de leur projet, de sorte à y voir plus clair, et ensuite choisir sa voie. Il n’est pas non plus inintéressant de prendre connaissance d’autres façons de faire, pour au final, se rendre compte que sa propre méthode est féconde. Un peu se recul sur son propre art peut engendrer des améliorations spontanées.

      Après, cela se joue dans la nuance et mon propos n’a rien de coercitif. Pour le formuler autrement; je dirais que les digressions et les explorations apportent au texte du moment qu’elles font sens et font progresser le récit, notamment la poursuite de l’objectif pour le protagoniste. Il est tout à fait possible de broder un peu tant que le canevas conserve sa cohérence.

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