Quand Bifrost s’emporte

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Début Juillet 2011, est paru le numéro 63 de l’excellente revue Bifrost. Dans un rubrique, un certain Bernard Bonnet a fait une critique assez incisive contre le roman Terra ! de Stefano Benni. Ne pouvant reproduire la critique pour des raisons juridiques, j’invite quiconque est intéressé d’acheter un exemplaire. Du reste, Sarezzo s’est fendu d’un billet pour critiquer la critique.

Ce qu’on remarque en fait tout de suite dans la critique de Bernard Bonnet, pour résumer, c’est tout bonnement que l’homme est peut-être trop fier de son verbe pour admettre que si Terra ! l’a déçu, c’est surtout parce qu’il n’a pas accroché (ce qui peut arriver à tout le monde). Détester une œuvre est une chose, quels qu’en soient les motifs. Transformer ce sentiment, donc ce fait subjectif, en une affirmation impartiale parce qu’on pense que c’est son travail de le faire, c’en est une autre.

Bonnet a trouvé l’histoire ennuyeuse, soit. Cependant, est-il besoin de rappeler que trouver un roman inintéressant ne fait pas de son impression un jugement plus élevé que les autres, fusse-t-on payé pour rendre le sien ? Terra ! a des défauts, comme en ont toutes les œuvres, surtout littéraires, défauts qui se retrouvent plus ou moins accentués selon les lecteurs, qui apprécient ou non le texte. Ces derniers trouveront les bons côtés trop fades pour effacer les mauvais et ne sauront que déguiser une même impression désagréable de toutes les manières possibles afin de donner du poids à son argumentation. L’effet inverse est bien entendu valable, mais ce n’est justement pas le cas ici.

Mr Bonnet a sombré droit sur l’écueil qu’il fallait éviter ; faire de son point de vue personnel un point de vue universel, sans doute légitime parce que le monsieur se fait payer pour commenter, critiquer des œuvres (non que cela doive être pris comme une dénonciation). Il ne faut jamais oublier, comme lui l’a fait, qu’un critique, de n’importe quel domaine qu’il s’agisse, ne donne un avis qui ne vaut pas plus qu’un autre. Or, ce qui montre justement que ce monsieur souhaite se montrer plus aiguisé, c’est tout simplement l’absence de concession sur ce point-là. Dire « les goûts et les couleurs » ne fait jamais bon genre dans une critique, ça tend à la rendre obsolète et finalement à se demander pourquoi elle existe. Toutefois, aller à l’opposé en disant que c’est l’histoire qui est plate, sans formulation du style « à la lecture, l’histoire a paru […] ». La méthode peut être lourde et dénoncée par certains, mais vouloir rester dans l’effet de mode en évitant de se désigner pour que la critique rende objectivement compte de l’essence du récit alors qu’il ne s’agit que d’une parmi d’autres, c’est presque grossier. À croire que cela sous-entend presque que nous sommes trop ignorant pour émettre notre propre avis et le teinter des mêmes atouts que celle du critique éclairé, heureusement présent pour guider le troupeau.

La critique de Bonnet n’est donc pas mauvaise par essence, loin de là puisqu’elle reflète son sentiment, mais pêche par la forme, du fait qu’il ait voulu transformer sa subjectivité en ce qui ne l’est pas et ne peut l’être. Dommage.

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