Mise en page du blog

Les clés de l’écriture #3 - Dissimulez vos intentions

sept. 28, 2016
— CLÉ # 3 —


Dissimulez vos intentions


Maintenez vos lecteurs dans l’incertitude et le flou en ne révélant jamais le but qui se cache derrière les mystères de votre récit. S’ils n’ont aucune idée de ce que vous prévoyez, ils ne pourront pas anticiper les rebondissements. Guidez-les assez loin dans une autre direction, enveloppez-les d’un écran de fumée et quand ils perceront à jour vos desseins, la surprise sera totale.

La plupart des histoires s’avèrent prévisibles. Elles manquent de subtilité, laissent entrevoir trop facilement des indices et révèlent leurs moindres détails de l’intrigue. Les causes de cela sont multiples. Tout d’abord, il est naturel d’exposer ses idées et de dévoiler son univers, alors que cela demande un effort de canaliser son imagination. Ensuite, beaucoup pensent que le spectaculaire et l’exhaustivité leur feront gagner le cœur du lecteur. L’inverse est en réalité plus sûr. Le spectaculaire est une lame émoussée qui fait saigner plus qu’elle ne coupe. Elle risque même d’ennuyer. Il est plus prudent de mesurer son propos, de ménager ses effets au lieu de tout révéler, parfois sans être en lien avec le récit. Surtout, en s’étendant trop, l’histoire devient tellement prévisible et si familière qu’il est presque impossible de susciter l’intérêt et surtout d’enchanter : or l’inspiration fuit ceux qui sont incapables d’engendrer de tels sentiments.

Si vous recherchez à tenir en haleine le lecteur, laissez l’exhaustivité de côté. Passez maître dans l’art de la dissimulation et votre texte émerveillera à coup sûr. Appuyez-vous pour cela sur la nature humaine : toute première découverte conduit toujours à croire les apparences, car il serait impossible de vivre en doutant constamment de la réalité de ce que l’on perçoit. Faites simplement miroiter telle scène que vous écrivez comme importante, tel but que votre antagoniste semble vouloir atteindre, et tout le monde s’y trompera. L’une des façons de cacher vos intentions est de faire avancer progressivement le récit, mais pas dans le sens attendu. Vous ferez ainsi d’une pierre trois coups : sous des dehors archétypaux, reconnaissables et habituels, vos personnages ­— en particulier l’antagoniste ­— agiront de manière inédite et le lecteur se perdra en conjecture.

Un autre puissant subterfuge est le faux cliché. Les gens confondent facilement originalité et détournement. Faites semblant que l’histoire adopte une trame traditionnelle tout en cassant les codes du genre et en retournant la situation au moment où la narration devrait prendre un chemin plus commun. Cela donnera à vos rebondissements plus d’éclat même si le texte ne renouvelle pas le genre.

Si vous croyez que l’antagoniste est un personnage haut en couleur qui échafaude des projets diaboliques, vous vous fourvoyez. Tout auteur avisé décrit ses intentions avec parcimonie, en auréolant sa malfaisance de mystère, pour nourrir l’incertitude quant à la victoire du héros. Les propos et comportement caricaturaux éveillent les soupçons et augurent rarement un conflit très profond. Au lieu de cela, il est préférable de décrire un pouvoir sournois, caché, implacable, faisant planer une menace indicible, parfois invisible.

Une fois que vous avez ainsi détourné l’attention de votre lecteur, il ne remarque pas la supercherie qui se trame pourtant sous ses yeux. Plus la fumée de votre écran est grise et uniforme, plus elle dissimule efficacement vos desseins. La forme la plus simple de l’écran de fumée est le style. À l’abri d’une narration calme et posée, on peut imaginer toutes sortes de manigances sans en manifester quoi que ce soit. C’est un outil que les plus grands écrivains ont appris à maîtriser.

 Cela consiste également à créer un décor qui donne une impression familière, grâce à laquelle l’auteur peut faire évoluer ses personnages sans que les mécanismes de son récit soient trop apparents, tandis que tous les regards sont tournés vers des scènes évidentes. Souvenez-vous : il faut de la patience et de l’habilité pour tenir ses brillantes idées, pour revêtir le masque de l’écrivain falot. Ne vous laissez pas rebuter : c’est souvent votre absence de relief qui conduira le lecteur à s’intéresser à vos récits pour tout savoir des manigances qui se trament derrière chaque mot.

  •    Clé # 1 – Ne troublez jamais le lecteur.
  •    Clé # 2 – Ne vous contenter pas du protagoniste, utilisez l’antagoniste.
  •    Clé # 3 – Dissimulez vos intentions.
  •    Clé # 4 – Dites-en toujours moins que nécessaire.
  •    Clé # 5 – Respectez la cohérence, développez le cohérence.
  •    Clé # 6 – Captez l’attention à tout prix.
  •    Clé # 7 – Faites fonctionner l’imagination du lecteur.
  •    Clé # 8 – Développez l’intrigue dans un cadre.
  •    Clé # 9 – Le protagoniste triomphe par ses actes, non par son verbe.
  •    Clé # 10 – Ciblez le malheur et soignez les interactions.
  •    Clé # 11 – Rendez les autres personnages indispensables.


Partagez cet article :

Votre avis est forcément intéressant, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

03 mai, 2023
La Millième Nuit est l’un des tous derniers titres de la collection « Une heure-lumière » (UHL) sorti chez Le Bélial le 25 août dernier. L’ouvrage collectionne quantité de qualités que je vous invite à découvrir céans.
par Ostramus 26 déc., 2022
Un peu plus d’une décennie après la sortie du premier Avatar, James Cameron propose la suite directe : Avatar, la voie de l’eau . Ce film éveille un intérêt particulier non pas en raison du succès commercial du premier opus, mais au regard du talent du réalisateur pour les suites. En effet, Terminator 2 et Aliens font autorité comme étant d’excellentes suites, parfois considérées comme meilleures que le film d’origine, chacune ayant apporté un angle différent et explorant de nouveaux aspects de l’univers. Autrement dit, je suis allé voir le second film Avatar plus par curiosité scénaristique que par intérêt pour le monde d’Avatar et son histoire qui, sans être mauvais, n’a rien de fabuleux exception faite de la technique. Le présent article divulgue tout ou partie de l’intrigue.
par Ostramus 05 sept., 2021
Pour être honnête, j’ai un a priori négatif concernant l’œuvre de Romain Lucazeau, notamment à cause de la lecture – fastidieuse – de Latium . Si j’ai adoré la quasi-intégralité des idées et des réflexions peuplant le dyptique robotique (je frétille rien qu’en repensant à la création du Limes), son exécution m’avait paru laborieuse, portée par un style amphigourique. Cela étant dit, je reconnais qu’il y avait un je-ne-sais-quoi qui justifiait le succès dont il a bénéficié, et j’avoue que ma curiosité n’eut pas besoin d’être exacerbée bien longtemps pour m’intéresser à la nouvelle œuvre de l’auteur, La Nuit du faune , publié chez Albin Michel Imaginaire , décrit par mon libraire comme « Le Petit Prince avec des neutrinos ». Si une majorité de critiques dithyrambiques en parlent en termes élogieux, le considérant comme le chef d'œuvre de la rentrée littéraire, je crains de ne pas partager la bonne vision .
par Ostramus 30 mai, 2021
Et si Jafar avait de bonnes intentions et que les apparences jouaient contre lui ? Après tout, nous ne savons pas grand-chose le concernant. Dans le film d’animation de Disney sorti en 1992, il n’est jamais fait mention de sa vie passée, de ses origines ni de la nature et l’étendue de ses fonctions. L’unique chose que le spectateur sait est qu’il souhaite devenir sultan à la place du sultan. Si la quête du pouvoir est rarement perçue comme vertueuse, nous ignorons pourquoi Jafar souhaite s’en emparer et ce qu’il compte en faire. En y regardant de plus près, il est tout à fait possible d’imaginer que derrière les complots, la répartie lapidaire et une apparence sinistre se cache un être dévoué qui se soucie réellement de son prochain. Aussi, mettons un instant de côté l e rêve bleu , renversons les perspectives et hasardons-nous à accorder une seconde chance au grand vizir d’Agrabah.
par Ostramus 03 mai, 2021
Un long voyage de Claire Duvivier, publié Aux Forges de Vulcain est déjà sorti il y a un moment et il a connu un joli succès dans le petit monde de la littérature de l’imaginaire au regard des nombreux articles le concernant. Toutefois, certains aspects n’ont pas été évoqués, du moins à mon sens certains qui ont capté mon attention et qui soulèvent quelques questions. Aussi, je me suis fendu à mon tour d’un billet. La différence étant que je vais détailler l’entièreté de l’ouvrage et évoquer des éléments de l’intrigue. Cette critique s’adresse ainsi davantage à ceux qui l’ont lu qu’à ceux qui prévoient de le lire.
par Ostramus 27 mars, 2020
Un univers désigne la réalité au sein de laquelle se trouve contenue l’intégralité de ce qui existe et où se produit l’intégralité des phénomènes physiques. Il constitue pour un individu l’ensemble de ce qu’il est en principe possible d’observer, d’explorer, et de manipuler. Si cette définition n’a rien d’universel, il s’agit de la conception adoptée pour la suite du propos. Selon cette acception commune, l’univers a la propriété d’être de taille infinie et d’être régi des lois physiques identiques en tout lieu et en tout temps. En l’état actuel de nos connaissances, l’univers dans lequel nous nous situons, du moins la portion que nous sommes en mesure d’observer et d’analyser serait unique. Même si le modèle standard de la cosmologie accuse quelques lacunes et autres difficultés à unifier la mécanique quantique et la relativité générale, il n’offre pour l’heure aucune preuve de l’existence d’un univers différent du nôtre. Pour autant, il existe des théories qui s’interrogent quant à la possibilité que notre univers ne soit pas unique, mais un parmi d’autres. Il y aurait un ensemble d’univers formant un vaste multivers.
Plus d'articles
Share by: